L’aide de l’UE, une prime à la démocratie

Published: 18 November 2010

Entre 2007 et 2013, l'Union européenne aura dépensé 1,104 milliards d’euros pour promouvoir la démocratie et les droits de l'homme. Une aide parfois critiquée par les associations.

 « Jamais scrutin présidentiel n'aura été, [en Centrafrique] et dans la région, aussi ouvert », se félicitait l'hebdomadaire Jeune Afrique en mars 2005. Près de six ans plus tard, alors que l'instabilité politique et l'insécurité ont miné le développement du pays, les électeurs se rendront à nouveau aux urnes en janvier prochain, pour élire président et députés. Un scrutin facilité par l'Union européenne (UE), l'un des seuls bailleurs de fonds du pays.

 La Commission européenne a, en effet, décidé le 25 octobre de débloquer 9,5 millions d'euros pour soutenir le processus électoral de ce pays de 4,5 millions d'habitants, l'un des plus pauvres du monde. « Des élections présidentielles et législatives bien préparées, libres et crédibles sont une condition essentielle au processus de paix dans ce pays », a affirmé le commissaire européen chargé du Développement, Andris Piebalgs, lors de l'annonce de cette aide exceptionnelle.

 Car la paix et la démocratie sont un préalable au développement économique et au respect des droits de l'homme. Assurer l'éducation, lutter contre la pauvreté, la faim, la mortalité infantile... Autant de chantiers titanesques menés par l'UE dans les pays en voie de développement ; mais avant même les Objectifs du millénaire pour le développement, c'est le traité de Maastricht (1992) qui le premier a fixé des objectifs ambitieux de « coopération au développement ». Parmi ses ambitions, « développer et consolider la démocratie, l’État de droit, le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales ». Aujourd'hui, Etats et institutions fournissent plus de la moitié du total mondial de l'aide publique au développement et chaque pays s'est engagé à fournir 0,7% de son PNB au fond d'aide, à l'horizon 2015.

 L’UE a depuis créé, en décembre 2006, un Instrument de financement pour la promotion de la démocratie et des droits de l’homme dans le monde. Ce projet est destiné à compléter les divers instruments communautaires visant à mettre en œuvre les politiques de l’Union en matière de démocratie. Il court jusqu’en 2013 et est doté de plus d’un milliard d’euros de fonds.

 Une aide à la répression ?

 Officiellement, l'union européenne n'accorde son aide qu'aux pays qui satisfont à certaines règles de bonne gouvernance et au respect des droits humains. Officiellement. Dans les faits, la realpolitik prend parfois le dessus et ces conditions sont à géométrie variable. Si les indicateurs de bonne gouvernance sont précis, il n'en est pas de même concernant les principes de respect de la démocratie, de l'égalité hommes-femmes, etc.

 L’association de défense des droits de l’homme, Human rights watch, utilise le cas de l’Ethiopie pour illustrer ces limites. Dans un rapport publié en octobre, « Un développement sans liberté : comment l’aide contribue à la répression en Ethiopie », l’association estime que le pouvoir en place utilise l’aide internationale – dont celle de l’UE, qui se chiffre à 400 millions d’euros – pour réprimer l’opposition. « Si vous ne jouez pas le jeu du parti au pouvoir, vous êtes exclu. Malgré cela les bailleurs de fonds étrangers récompensent ce comportement par des montants d'aide au développement de plus en plus élevés », déplore Rona Peligal, directrice pour l'Afrique à Human Rights Watch.

 L’ONG new-yorkaise incite les bailleurs de fond à suspendre l’aide directe vers ce pays tant qu’il n’y aura pas « d’amélioration significative de la situation des droits humains en Ethiopie et que les responsables des abus commis ne seront pas jugés ».

 L'Union européenne, plus grande économie mondiale, premier fournisseur d'aides au développement, institution au fort pouvoir d’attraction, doit donc peser pour créer un véritable agenda démocratique. Le tout sans oublier que certains Etats sont gangrenés par la corruption et peinent à utiliser l’aide au développement pour mener à bien les objectifs définis.

 Prochain rendez-vous en novembre

 Le troisième sommet UE-Afrique se tiendra les 29 et 30 novembre 2010 en Lybie. Il aura pour principal objectif la définition d'un nouveau plan d'action pour 2011-2013, dont l'ambition est de déplacer le partenariat « au-delà du développement, de l'Afrique et des institutions ».

 Ce partenariat comprend un espace de dialogue où la gouvernance démocratique tient une place centrale : il s'efforce de mettre en œuvre « des programmes et des actions pour améliorer l'observation des élections, pour lutter contre la corruption, pour mettre un terme au trafic illicite et pour empêcher la torture. » Des questions parfois sensibles, mais où de nombreux progrès ont déjà été réalisés dans les années passées.

 Nul doute que les deux continents continueront leurs efforts, pour démontrer au monde que la démocratie et le respect des droits de l'homme sont des valeurs communes à l'Europe et à l'Afrique.

  

 

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